La renaissance Australienne de Christophe André

Publié le : 13/08/2018 00:00:00
Catégories : L'actualité du squash


En s'imposant à Melbourne, Christophe André a validé le travail effectué depuis plusieurs mois (Crédit photo : Squash Melbourne) 

Gros plan : André s'impose à Melbourne

Habitué des come-backs fracassants tout au long d'une carrière jalonnée de hauts et de bas, Christophe André n'a pas failli à sa réputation à Melbourne. Impressionnant tout au long du weekend, le Réunionnais renoue avec la victoire sur le circuit international. 

Son explosion de joie après la balle de match en dit long sur la signification de ce succès aux Antipodes pour Christophe André : après une saison 2017-2018 gâchée par une fracture au péroné compliquée – énième péripétie d'une carrière en forme de montagnes russes – le Réunionnais a remporté dimanche le Squash Melbourne Open (5 500 $), en dominant en finale le Néo-Zélandais Evan Williams (110ème mondial). « J'avais tellement envie de gagner ce tournoi, j'en ai pleuré après le match, » confiait-il quelques heures après. « Quand je pense qu'il y encore quelques mois, j'avais la jambe dans le plâtre … Après le parcours que j'ai eu et les sacrifices effectués, j'espère que cette victoire n'est que le début d'une belle aventure. » À 31 ans, André croit encore son rêve d'intégrer le top 50 mondial, comme il nous l'avait confié lors d'un long entretien après sa victoire au Tournoi national Audi Le Mans il y a quelques semaines. Même si le chemin sera long, il a effectué un premier pas en Australie. Après avoir balayé ses trois premiers adversaires, il s'était débarrassé du dangereux Malaisien Elvinn Keo en demi-finale dimanche matin, se donnant le droit de retrouver la tête de série 1 quelques heures plus tard. « Enchaîner deux matches de ce niveau, ça fait longtemps que ça ne m'était pas arrivé et j'avais un peu d appréhension. Mais d'un autre côté, je travaille très sérieusement depuis mon retour de blessure, et les matches d'entraînement effectués au CREPS d'Aix-en-Provence avant de partir ont renforcé ma confiance. Et j'ai également tout fait pour rester le moins de temps possible sur le terrain ... » À peine plus de deux heures passées sur les courts de Melbourne en cinq matches, André aura été une véritable tornade pour ses adversaires. Evan Williams n'aura pas échappé à la règle à l'entame de la finale, complètement débordé par la puissance du Réunionnais dans le premier jeu (11-4). Mais le gaucher Néo-Zélandais parvient à faire durer les échanges, alors que les décisions de l'arbitre se multiplient dans la manche suivante. Mené 9-6 puis 10-8, le Français va néanmoins puiser dans ses réserves et pousser Williams à la faute, pour prendre un avantage de deux jeux capital (12-10). Le Kiwi ne s'en remettra pas, et André s'envole vers le titre (11-1). Le sixième de sa carrière sur le circuit international, et le premier depuis deux ans. Suite à une saison 207-2018 quasi-blanche, il était retombé au-delà de la 400ème place mondiale, mais avait déjà amorcé un retour avec une demi-finale au Guatemala pour sa rentrée début juillet. Ce succès en terre Australienne devrait lui permettre de se rapprocher du 200ème rang mondial. Mais aussi de faire le plein de confiance avant son prochain tournoi, l'open international de squash de Nantes (4-9 septembre), où il affrontera au premier tour le vétéran du circuit, le Finlandais Olli Tuominen. « Je me sens de mieux en mieux, mais je ne pense pas encore à la suite. Je vais me concentrer sur ma préparation pour ce tournoi et ce premier match sans me projeter. Pour l'instant, je n'ai aucun autre tournoi prévu à mon calendrier, à part Niort ou je devrais normalement bénéficier d'une wild card. Mais mon nouveau classement devrait me permettre de rentrer dans certains tableaux, et je serai présent à chaque fois que ce sera le cas ! J'en profite pour remercier toutes les personnes qui me soutiennent : mon préparateur physique Thomas Adriens, mon entraîneur squash Renan Lavigne, et mon sponsor Oliver. Spéciale dédicace à Adrian Boden, qui m'a accueilli chez lui et a fait de cet événement un réel succès pour une première. »

Invitée par son père Adrian (en bas à droite en compagnie d'André), Noellie Boden s'est inclinée de justesse au premier tour, malgré les conseils de ses compatriotes (Crédits photo : Squash Melbourne)

Si vous suivez le squash hexagonal de près, vous connaissez  sans doute sa fille Noellie : ancienne joueuse de l'équipe de France, elle disputait le tournoi chez les femmes. Une première pour elle sur le circuit international depuis le championnat du monde en ... 2000 ! « Je n'avais pas vraiment prévu de partir à l’autre bout du monde, pour passer mes vacances d’été en Australie en plein hiver, » raconte la championne de France +35 ans, « et encore moins de participer à un tournoi PSA ! Je me suis laissée tenter après avoir remporté l'open de Royan fin juillet. J’ai trouvé un billet d’avion en dernière minute, et mon père, qui est propriétaire du Squash Melbourne depuis un peu plus d’un an, m’a inscrite grâce à une wild card. C’était donc une belle opportunité de voir ma famille et de participer au premier grand évènement au club. J'ai eu de plus la surprise de retrouver une petite troupe française : Christophe André mais aussi Anna et Lucas Serme, qui étaient tous hébergés à la maison ! Concernant mon père, qui profite désormais de sa retraite à Melbourne, il a toujours été dans le milieu du squash, que ce soit en tant que joueur, président d’association, parent de joueur etc… Nous avons à un moment donné pensé reprendre ensemble le club de Saint-Maur, mais ça n'avait pas abouti. Un projet qu'il a donc mené à bien à Melbourne, dans le club où il jouait régulièrement. C'est une structure qui existe depuis plus de 30 ans, et qui avec 12 courts est l’une des plus grandes de la ville et de l’état de Victoria. Lui et ma belle-mère se sont énormément investis pour le remettre à neuf, et un an et demi plus tard, ce premier tournoi international est un véritable succès, aussi bien en termes d'ambiance que d'organisation et de moyens mis en œuvre pour les joueurs. » Côté court, la Française s'est malheureusement inclinée face à la Néo-Zélandaise Casey Jane Owen (197ème mondiale) après avoir menée 2 jeux à 0. « Mais c’était une belle expérience, et je ne me suis pas sentie ridicule malgré le stress. Il faut dire que j'avais de bons conseils – ceux de Christophe et Lucas. » Au-delà de la victoire de la Hong-Kongaise Vanessa Chu, l'évènement de la semaine était le retour sur les courts de l'ancienne championne du monde et numéro 1 mondiale Cassie Thomas (ex-Jackman). Battue au deuxième tour par la future finaliste Christine Nunn, elle a surtout « beaucoup participé à l’organisation de cet événement, » précise Noellie Boden. « Elle est la principale enseignante au sein du club, et fait un super boulot avec les jeunes. » Concernant le vainqueur, la Française indique que le public a été « très impressionné par la qualité de jeu de Christophe, sa technique et sa ténacité sur le court. Malgré le décalage horaire, il s'est très vite adapté aux courts et à la fraîcheur du climat, et a réalisé un parcours exemplaire. Bravo à lui. » 

Depuis quatre ans, Christophe André est associé à l'équipementier Oliver. Retrouvez toute leur gamme de raquettes de squash, disponible sur My Squash.

Les autres news de la semaine du squash

--- Un autre Français était engagé sur le circuit international la semaine dernière. Pour son premier tournoi de la saison 2018-2019, Baptiste Masotti a atteint les demi-finales en Afrique du Sud (11 000 $) : ses deux premiers tours franchis sans encombre face à Khaled Labib et Yannick Omlor, le Niortais (87ème mondial ce mois-ci) s'est ensuite incliné de justesse face à l’Égyptien Mazen Gamal (63ème). Après avoir sauvé quatre balles de match dans le quatrième jeu, il a fini par rendre les armes dans le cinquième (11-6). Ce n'est pas Gamal qui a remporté le tournoi mais son compatriote Mohamed El Sherbini, en 4 jeux. Le cousin de la reine du squash mondial - Nour El Sherbini - s'était d'ailleurs révélé en Afrique du Sud lors de ses débuts sur le circuit il y a moins de 18 mois, avec une série de 4 tournois et 22 victoires consécutives (voir le blog du 8 mai 2017). Depuis, il continue d'afficher des statistiques impressionnantes, avec 7 finales sur 7 remportées, en seulement 22 tournois ! L’Égypte a fait carton plein à Pretoria, car la finale femmes opposait également deux de ses représentantes. À 16 ans, la jeune Farida Mohamed, quart de finaliste du dernier championnat du monde junior, a ouvert son palmarès chez les seniors en battant Menna Nasser. Dans l'autre tournoi de la semaine, c'est un bis repetita pour Rex Hedrick. Une semaine après son succès à l'open d'Australie, le natif de Melbourne a récidivé à Bega en battant son compatriote Joshua Larkin en finale. Grâce à ce doublé, Hedrick pourrait intégrer pour la première fois le top 50 mondial au prochain classement.

Un an et demi après la tournée qui l'avait placé sur le devant de la scène, Mohamed El Sherbini a de nouveau brillé en Afrique du Sud (Crédit photo : Mohamed El Sherbini)

--- Six ans avant les Jeux Olympiques de 2024, Paris accueillait la semaine dernière une autre manifestation sportive d'ampleur internationale, les Gay Games. Le squash était l'un des 36 sports au programme, et une centaine de joueurs et joueuses se sont retrouvés sur les courts du PUC. Peut-être certains d'entre vous se posent la question : les Gay Games, qu'est-ce que c'est ? Selon les propres mots des organisateurs, un événement engagé pour l'inclusion et le respect de la diversité, ouvert à toutes et à tous. Et non pas seulement aux populations LGBT (lesbiens, gays, bisexuels et transgenres), contrairement à ce que son appellation pourrait laisser croire. Est-ce la raison pour laquelle quelques (rares) détracteurs qualifient la manifestation de « communautariste » ? Toujours est-il que les participants croisés au stade Charléty balaient l'argument d'un revers de la main. « C'est même tout le contraire, » pour Véronique Chastres, ancienne joueuse du top 10 Français et lauréate du tournoi féminin. Les instances nationales et internationales ont certes affirmé un soutien sans faille aux Gay Games, et plusieurs joueurs de squash professionnels ont annoncé publiquement leur homosexualité ces derniers mois. Mais ces cas de coming out restent extrêmement rares parmi les sportifs de haut niveau, et pour Fred Casas (président de l'association organisatrice, Les Petites Frappes), ce genre d'évènement est l'opportunité pour les athlètes gays « de s'affirmer grâce au sport » dans un environnement favorable. La co-présidente des Jeux Pascale Reinteau rappelle également que « l'ambition sportive n'est pas le fondement de la participation, c'est le côté festif et familial qui prime. » Cela n'a évidemment pas empêché les 104 participant(e)s aux épreuves de squash de donner le maximum sur le court, à l'image de Chastres et de James Wilson, vainqueur chez les hommes. Le Londonien, qui affirme que pour lui « faire du sport en tant qu'homosexuel n'a jamais été un problème, » est un joueur de très bon niveau, doublé d'un véritable athlète : il a remporté une autre médaille d'or en aviron, avec son club, le London Otters Rowing Club.

Tous les médaillés des épreuves de squash des Gay Games (Crédit photo : Paul Orlovic)

--- Son combat contre la maladie (le DIPG, une forme rare de cancer) avait touché la communauté du squash à l'échelle mondiale : le jeune Anglais Sumner Malik s'est malheureusement éteint samedi, à l'âge de 12 ans. Véritable passionné de son sport, il continuait malgré tout à participer à des tournois. Comme lors du dernier Open de France junior Open en février à Lille, où il était présent en compagnie de ses parents et de ses cinq frères et sœurs. Suite à l'annonce de son décès, les hommages de personnalités et des instances de la discipline se sont multipliés sur les réseaux sociaux, à l'image de la légende Amr Shabana : « Ayons tous une pensée pour Sumner, qui a perdu la bataille mais a gagné la guerre en affichant un immense courage jusqu'à son dernier souffle ! On ne t'oubliera jamais champion, à jamais dans nos cœurs. »

Sumner Malik avait étonné les abonnés de SquashTV par la qualité de ses commentaires au championnat du monde en 2016 - ici en compagnie de Paul Johnson et Joey Barrington (Crédit photo : PSA World Tour)

Les rendez-vous squash de la semaine

--- C'est en quelque sorte le calme avant la tempête : alors que la rentrée de septembre s'annonce très chargée, il y aura peu de tournois lors de la semaine à venir. Un seul sur le circuit international, à Vancouver au Canada. Pas de Français en lice, mais le favori est l'Indien Vikram Malhotra (85ème mondial), élève d'un certain Thierry Lincou à Boston.

Le jeune Réunionnais Thomas Mauras - ici après son titre de champion de France - 11 ans avec son entraîneur Matthieu Huin - va se confronter à des jeunes d'autres pays à Johannesburg ce weekend (Crédit photo : Jardin Squash Club)

Il y aura néanmoins des Bleus engagés dans d'autres compétitions ce weekend : à l'open de Finlande vétérans, mais aussi à l'open d'Afrique du Sud junior. Trois jeunes du Jardin Squash Club - dont le champion de France -11 ans Thomas Mauras - effectuent le court déplacement depuis la Réunion, en compagnie de leur entraîneur Matthieu Huin. Nous reviendrons sur cette aventure sur le blog la semaine prochaine.

Résultats

PSA

  • Growthpoint SA Open 2018 (Pretoria, Afrique du Sud) - 11 000 $ (hommes) + 5 500 $ (femmes)

Vainqueurs : Mohamed El Sherbini (Égypte) et Farida Mohamed (Égypte)

  • Tarra Kia Bega Open (Bega, Australie) - 11 000 $ (hommes)

Vainqueur : Rex Hedrick (Australie)

  • Squash Melbourne Open 2018 (Melbourne, Australie) - 5 500 $ (hommes) + 5 500 $ (femmes)

Vainqueurs : Christophe André (France) et Vanessa Chu (Hong Kong)

Agenda

PSA

  • Sun & Surf Open 2018 (Vancouver, Canada) - 14 au 18 août - 5 500 $ (hommes)

Autres

  • South African Junior Open (Johannesburg, Afrique du Sud) - 17 au 19 août - garçons et filles

Français engagés : Thomas Mauras (-11 ans garçons), Baptiste Legrand (-15 G), Yann Hoarau (-17 G)

  • Meltron Finnish Masters Open (Helsinki, Finlande) - 17 au 19 août - hommes et femmes

Français engagé : Violaine Del Ponte (+35 ans femmes), Emmanuel Denis, Joel Montels (+50 ans hommes), Jaime Antonio Gregoire (+60 ans hommes)

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